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8 janvier, 2010

Pour voir d’achat

Avant propos.

Afin de devenir de grands auteurs, avec notre rubrique sur Inter, nous nous sommes inspirés des plus grands titres de presse ! Nous avons ainsi tenté, à travers nos pamphlets, de lutter contre l’aseptisation des pensées, et, aux dires de certains – que nous ne payons même pas –, on y arrive assez bien. Nous avons donc décidé de suivre la devise du plus grand magazine de réflexion et d’investigation en appuyant le génie stylistique et l’humour acerbe de nos articles par des photos vous invitant à cogiter tout autant, sinon d’avantage. Mais trêve de paroles, tout de suite, le poids des mots, le choc des photos :

C'est les soldes, même le SMIC est au rabais.

C’est les soldes, même le SMIC est au rabais.
Heureusement, notre généreux gouvernement l’augmente de 0,45%.

Par leshainarques le 8 janvier, 2010 dans Actualite, leshainarques, Photo, Politique, Societe
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5 janvier, 2010

Pourquoi aller aux putes quand on peut être islamophobe ?

 

Tremblez juilletistes, aujourd’hui la France doute. Elle s’interroge, se demande qui est français et qu’est ce qui permet de différencier ce français moyen du connard de raciste lambda. Cette interrogation identitaire, loin de provoquer une introspection potentiellement constructive, a fait ressortir un peu partout la haine de son prochain, dans le respect de la grande tradition délatrice nationale. Pourquoi se remettre en question quand on peut remettre son voisin aux autorités ?

Avec le débat sur l’identité nationale, la polémique sur le referendum suisse pour l’interdiction des minarets, le projet de loi visant à empêcher le port de la burqa, l’islamophobie latente française a ressorti son plus beau visage. Et si la perspective de diminuer le nombre de croyants en France m’a toujours enchanté, l’honnête homme que je suisvirtuellement du moinsne peut s’empêcher de s’interroger sur cette chasse aux sorcières, voilées de gré ou de force. La question n’est plus « Quelle est l’identité française ? », mais « Quelle identité musulmane daignerons nous tolérer dans notre beau pays ».

Et cette mentalité malsaine qui se propage chez nous bien plus vite que la grippe A me rend particulièrement heureux à l’idée de ne pas appeler le très haut Allah. Bien sur ce n’est pas la première fois que je me réjouis à l’idée de ne pas croire qu’un grand barbu déciderait de mon sort en fonction de ce que je mets dans mon estomac ou de l’endroit ou je mets mon sexe. Cela remonte logiquement à la première fois que j’ai avalé une saucisse ou qu’une jeune fille que je n’avais pas épousée a avalé la mienne. Mais cette joie anticléricale primaire et primesautière s’appliquait autant à l’Islam qu’au Judaïsme ou à tout autre culte suffisamment con pour interdire la consommation de l’hymen avant le mariage ou de quelque autre morceau de viande spécifique. Non, aujourd’hui je suis presque aussi heureux de ne pas être musulman que mon grand père devait l’être en n’étant pas juif il y a 70 ans. 

On essaye en effet de définir un stéréotype musulman tolérable par notre société si parfaite. Tout le monde exprime ses conditions pour que l’Islam puisse demeurer parmi nos concitoyens, tous aussi demeurés. Chacun y va de ses petites phrases. À la question d’un jeune homme – type jeunesse qui ne sert aryen et qui court après les musulmans faute de juifs ou de filles – l’interrogeant sur la compatibilité de l’Islam avec la République, Nadine Morano a répondu avec la distinction qu’on lui connaît : « Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c’est qu’il aime son pays, c’est qu’il trouve un travail, c’est qu’il ne parle pas le verlan, c’est qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers « .

Le musulman français ne doit pas parler verlan. Le verlan en effet, est un des piliers de l’Islam. Faisant son apparition dans un grand livre mahométan – la légende de Tristan et Iseult – il fut utilisé comme moyen de résistance à l’oppresseur hitlérien de même que les tirailleurs magrébins et sénégalais, musulmans pour la plupart ! Ce n’est pas une coïncidence ! Plus tard, des figures de l’Islam qui entachent le passé de la France le populariseront, je pense notamment à Boris Vian, Claude Zidi, Renaud, Jacques Dutronc, etc…

De même, quand Brice Hortefeux déclarait aux sujets des arabes-musulmans: « Quand il y en a un ça va c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. » Il ne tombait pas seulement dans l’amalgame islamo-arabique qui, lui, fait pleinement partie de notre identité nationale, il exprimait juste sa conception un peu extrémiste d’un islam français qui l’est bien moins que ce qu’on voudrait nous faire croire. Ce n’est pourtant pas une raison pour le traiter de nazi, sous prétexte qu’il était payé pour mettre dehors les minorités à problème en faisant croire qu’on les aime. Himmler, rappelons-le, était payé pour les mettre dedans en leur faisant savoir qu’on ne les aimait pas. Tout le contraire en somme.

Il est grand temps de cesser de vouloir condamner un groupe religieux, la France a déjà prouvé que cela ne lui réussissait pas. C’est aussi stupide que de rejeter une minorité car ses membres sont noirs comme le ciel par une nuit sans lune, au dessus d’une rue de Harlem, ou gays comme ceux qui voient le ciel depuis leurs lunes en baillant la nuit, dans les rues du marais. Quand nous aurons fini de mettre tous nos problèmes sur le dos des minorités auxquelles nous n’appartenons pas, alors peut-être prendrons-nous conscience de la gravité des propos tenus par certaines personnes sur des sujets aussi pernicieux que ledit débat.

Quand Christian Estrosi affirme qu’un tel débat, s’il avait eu lieu dans l’Allemagne d’avant-guerre, aurait pu éviter le drame humain que nous avons connu durant la seconde, certains s’attardent, avec raison, sur la stupidité de tels propos. Pour ma part, je ne peux m’empêcher d’y voir le sombre corollaire que de plus en plus de gens réclament haut et fort. Ces extrémistes très français, trop peut-être, qui veulent bannir les imams et leurs fidèles du territoire sous prétexte que leur nombre est croissant et que ce symbole est ostentatoire ! Et s’il est vrai que les Djih-addicts me terrorisent, dernièrement ils ne m’inquiètent pas plus que certains de nos cons patriotes dirigeants. En exacerbant les différences et la haine derrière une recherche nationale d’identité, ils s’assurent peut-être un relatif succès dans les urnes, mais risquent de voir l’infime partie de l’islam qui fait peur faire en sorte que celles-ci soient funéraires.

Par leshainarques le 5 janvier, 2010 dans Actualite, leshainarques, Politique, Religion, Societe
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Porn to be wild

En ces temps de fête et de célébration, je ne pouvais m’empêcher de penser aux souffrants et aux malheureux de ce monde. A ceux que le sort laisse sur le bord de la route. A tous ceux que l’air du temps esquinte, et pour qui le futur n’est guère plus prometteur qu’un long tunnel embrumé, humide et froid. Ces malheureux qui meurent à nos portes sans que nous n’y prenions gare. J’aimerais, non pas chanter pour ceux qui sont loin de chez eux, mais vous sensibiliser à un drame méconnu, à savoir la mort programmée, si l’on ne réagit pas à temps, de l’industrie pornographique. Vous allez probablement me trouver sensible à l’excès, voire même ingénu, mais voilà bien une chose atroce qui s’annonce dans un futur très proche.

Tremblez les Dorcel, les Flint et autres Hefner ! Outre la fiscalité qui vous pompe plus puissamment que Katsuni et assèche vos bourses, déjà bien vides, voilà un phénomène inquiétant à tous points de vue. L’érotisme s’est propagé dans nos sociétés, comme un flacon de Guerlain qui se serait brisé et aurait laissé filer aux quatre vents ses volutes et ses effluves. Hélas ! L’érotisme n’est plus. Son parfum a fini par embaumer tout ce que nous connaissons, et c’est ainsi que nous subissons, chaque jour un peu plus, ces corps dénudés. A toutes heures à la télévision, dans de nombreux magazines, en quatre mètres par trois, partout dis-je. Cela n’a rien d’étonnant, nous avons libéré le sexe de son carcan étriqué et exigu il y a désormais quarante ans, alors il s’est répandu partout où il a pu le faire. C’est donc tout naturellement que les médias s’en sont emparés.

Comme toute révolution qui se respecte, celle-ci se devait d’être médiatisée. Qu’on en parle, qu’on écrive et qu’on filme à son propos. Et puisque nous vivions à l’ouest du mur de fer, il paraissait évident d’exploiter plus intensément le sexe, afin d’en générer du profit, d’en éjaculer du cash, du liquide. Du gros, du rapide, de l’efficace, en somme, du « tout pour ma gueule » comme dirait Tiffany Hopkins. D’ailleurs, Mr Hefner prouvait depuis quelques temps déjà que le sexe se vendait bien, même soft. Alors pourquoi ne pas aller plus loin ? Après avoir flirté avec des playmates jouant les pin-up, on a forcément envie d’approfondir les rapports. Et pourquoi s’encombrer des messages humanistes du fondateur de la maison à la tête de lapin ? Le sexe sans rien autour, c’est plus vendeur ! En tout cas, c’est à la mode et le client est roi. Il faut être à l’affût des tendances pour vendre de la chair. On n’est pas là pour enfiler des perles, plutôt des écervelées, au Q.I. d’huître pour la plupart. Parce que dans le fond, ce que l’on cherche vraiment ici-bas, c’est plus de remplir ses bourses que de se les vider

Alors, des années durant, on s’est contenté des pages lingeries du catalogue La Redoute pour voir des dames en lingerie de grand-mère, avec la peur omniprésente de tourner la page, et de tomber sur une batterie de vaisselle en cuivre. Si l’on voulait de l’érotique, du pornographique, il fallait être assez grand pour atteindre, du bout du bras, le haut du rayon du marchand de journaux – ou veiller le dimanche soir. Tout en prenant la précaution de cacher l’explicite revue dans un autre magazine plus discret, tel que Picsou Magazine par exemple, le stratagème était infaillible. Les poses suggestives laissaient entrevoir l’essentiel, mais en cachaient assez pour que le rêve prenne le dessus. Le fantasme était alors à son paroxysme. Nous décidions de ce que nous avions envie de voir, de penser, d’imaginer. Et bien vite, après l’avoir prêté à tous les copains, la revue était inutilisable pour cause de pages collées et il fallait renouveler l’arnaque.

Mais, peu à peu, les modèles des magazines du haut de l’étagère du marchand de journaux semblaient s’émanciper. On les vit dans d’autres revues (mais pas Picsou Magazine hélas), à la télévision, et même dans la rue. Des poses lascives et suggestives de femmes à demi nues, en attendant le bus qui menait au collège, ça déconcentre, pour la journée de classe, n’importe quel préadolescent. Je ne pense pas que c’était le genre d’émancipation de la femme que préconisait le MLF – à ne surtout pas confondre avec les MILF, sauf si on aime les est-allemandes conduisant une semi-remorque. Quitter sa cuisine pour finir placardée au bord d’une voie périphérique, ce n’est pas ce qu’on peut appeler un progrès social.

Bien sûr, les débuts furent « artistiques », les photos étaient superbes, les poses travaillées. Et très vite, les pubards, qui n’ont jamais eu de goût en rien, sinon ils auraient fait un métier vraiment créatif, nous abondèrent de clichés vulgaires et laids. L’exact inverse des shoots de Playboy en somme. Pourtant, certains se laissent berner par cette facilité visuelle. Ces images que l’on offre aux passants, tous les dix mètres en ville, ne sont pourtant pas si éloignées de celles que l’on trouve dans les magazines cachés, tout en haut des étagères. Stigmate d’une société schizophrène, le sexe est désormais partout mais l’érotique et le pornographique sont décriés. Il semblerait pourtant plus sain d’assouvir pleinement ses pulsions à l’abri des regards, plutôt que de se faire offrir des échantillons de vice à chaque abribus.

Par leshainarques le 5 janvier, 2010 dans leshainarques, Sexualite, Societe
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30 novembre, 2009

Au pays du petit Père Noël des peuples

Nous y sommes. Nous avons changé d’heure, il fait nuit au milieu de l’après-midi, le froid a gagné nos contrées heureusement assez riches pour subsister malgré le gel, plus aucun doute n’est permis, la grande célébration de Noël approche à grands pas. Les guirlandes ornent les rues de nos villes et villages, avec des ampoules basse consommation pour ne pas faire de peine à Mr Hulot et à Mr YAB, et les rayons chocolat des hypermarchés – ça fait plus classe que supermarché – enflent comme des bonus de trader. Même pour les marchés financiers la magie de Noël existe. Mais peu importe, fêter la naissance de Jésus – pour peu qu’elle ait réellement eu lieu – donne l’occasion aux guerres de faire une trêve, au cynisme de rester en sourdine et aux citoyens d’arrêter de réfléchir aux problèmes du monde. Qui a dit que ça ne doit pas les changer beaucoup ? On a dit quoi avec le cynisme et Noël ? C’est l’occasion pour chacun de se laisser aller à la candeur et à la fraicheur – ce qui est plus facile en hiver. Une sorte de retour vers l’enfance. Ces grands enfants que nous sommes tous. Ces enfants que nous souhaitons tant redevenir. Enfin, que vous souhaitez tant redevenir.

Mais que motive l’envie de retourner à cet âge proprement détestable ? Non ce n’est pas du cynisme, une simple question. Parce que j’ai beau me creuser l’entendement, je ne trouve rien d’attirant dans cette période de la vie. Alors d’accord on vous loge, on vous chauffe et on vous nourrit au frais de la princesse, vous n’avez à vous soucier de rien de vital, on le fait pour vous. Je connais un autre endroit où ça fonctionnait comme ça, ça s’appelle Moscou. On s’occupait de vous, crèches, logements, emplois et tout. Mais comme quand vous disiez quelque chose qui ne plaisait pas à papa et maman, la Mère Patrie vous envoyait, sans dessert, en Sibérie, histoire de vous rafraîchir les idées. Idem avec l’information, tout ce qu’on vous propose à voir, à lire, à entendre est ce que l’intelligencia familiale a préalablement  choisi pour vous, car elle seule sait ce qui est bon pour vous. Sans parler des tenues hideuses dont on vous affuble sans vous demander votre avis, le plan quinquennal maternel a tranché pour vous ce que sera votre garde-robe pour les prochaines cinq années. Les déplacements sont également très compliqués. Déjà, tout comme un bon petit soviet, étant enfant vous avez droit – en plus de votre pénis – à une voiturette à pédales. Chez les Rouges, même traitement. Les seules auto disponibles sont en tôle et vont aussi vite que si l’on pédalait pour les faire se mouvoir. Mais peu importe la vitesse puisque vous ne pouvez guère sortir du petit territoire qu’on aura défini pour vous, le pâté de maison ou l’U.R.S.S., au choix. Et si jamais vous tentez d’aller au delà, la punition ne se fera pas attendre. Bien entendu, c’est pour votre bien que l’on vous garde enclos ainsi. Au dehors, ils règnent mille dangers que vous seriez bien audacieux de vouloir braver, alors on préfère vous garder en retenue plutôt que de vous savoir au contact de l’inconnu.

L’inconnu, voilà ce qui semble motiver le retour en arrière que tant souhaitent. Savamment encadré par le Parti des Conjoints – PC – que forme les géniteurs, on ne craint rien ni personne. En son sein, rien ne peut nous atteindre, sauf si l’on grandit en Belgique, mais déjà à la base ce n’est pas de chance. On reste alors englué dans une routine quotidienne encore plus lourde que le pléonasme que représente cette phrase. L’école, l’usine, les devoirs, plan quinquennal, les dessins animés, la télé soviétique, les instituteurs, le KGB, les parents, le Parti, la clôture du jardin, le rideau de fer. Rien que l’on ait vraiment pensé ou fait nous-mêmes donc. L’habitude, c’est ce qui décrit le mieux l’enfance. Elles sont des dizaines, des centaines pour les plus enclins à fréquenter un psychanalyste, et votre vie n’est heureuse que si elles sont satisfaites. On est loin de l’insouciance que les plus amnésiques ont, seule, retenue. L’enfant que nous étions se posait des milliers de questions et n’hésitait pas à enquiquiner le Parti dans le but d’avoir des réponses plus ou moins satisfaisantes, et en lui brisant les parties bien souvent.

Heureusement, la fin de l’enfance approchant, on tentera bientôt, à l’aurore de son adolescence, son Printemps de Prague à soi, aussitôt réprimé de façon démesurée. Mais qu’importe, on sait que le rideau de fer est prêt à céder, c’est une question de temps. Arrive alors le jour béni où notre terrain de jeu ne se cantonne plus au pâté de maison, mais s’étend d’un pôle à l’autre. Suite à la perestroïka, le PC est bien souvent scindé et s’est regroupé d’un côté en Union des Mères Paupérisées et de l’autre en Nouveaux Pères Alcooliques. Un divorce souvent difficile à comprendre pour les enfants de l’ancienne Mère Patrie, mais qu’importe, seul l’avenir compte désormais. On retourne avec nostalgie sur les steppes arides de ce qui fit notre bonheur passé et l’on se rend compte, avec le recul, de la misère qui fut la nôtre. On a pris goût à cette liberté, à ce bonheur décuplé. De se savoir impossible à remettre au goulag donne des ailes.  Alors, à tous ceux qui rêvent de s’envoler pour le pays imaginaire – ne comptez pas sur la RATP pour ça–, croyez-vous que les ex-soviétiques repensent avec tendresse à certains épisodes de leur vie en U.R.S.S. ? C’est très probable. Quand on a livré la Trabant à Youri, Elena était en larme tellement elle était heureuse. Mais ne les pensez-vous pas plus heureux maintenant qu’Igor, le frère de Youri, est revenu du goulag et qu’ils voyagent à travers le monde, ensemble ? Je vous laisse seul juge. Pour ma part, je pense avoir eu une enfance heureuse mais, tout comme je pense que peu de russes voudraient revenir à l’ère soviétique, je ne voudrais retourner en enfance pour rien au monde. Quant au Père Noël, un bonhomme habillé en rouge qui distribue à toute la population des cadeaux tous similaires, s’il ne représente pas la quintessence du communisme, je veux bien être privé de dinde et de marrons le mois prochain.

 

Par leshainarques le 30 novembre, 2009 dans leshainarques, Societe
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18 novembre, 2009

My american taylor is very Emmerich

Ils nous avaient prévenus. L’accroche du film est posée, et je dirais même que ça résume au mieux ce qui se passe dans la salle, face à ce blockbuster. L’apocalypse au cinéma, ça donne plus souvent des films catastrophiques que des films catastrophes. La fin du monde vue par le plus Hollywoodien des allemands, ça n’innove pas dans le genre, mais au moins ça fait rigoler.

A vue de nez, ça fleurait bon le nanar en puissance et Emmerich ne nous déçoit pas, en tant que maître du genre, et signe un retour en force avec cette bombe. Cet expert en fins du monde nous fait partager sa vision de la prophétie Maya – entre autres – selon laquelle la Terre verrait sa croute terrestre se transformer significativement suite à un alignement de planètes avec le Soleil. Assez significativement du moins pour, au passage, créer des raz-de-marée un peu partout et ainsi décimer la totalité de la population, ou presque.

Presque, parce qu’il faut bien faire un film, et qui dit film Hollywoodien dit héros invincible. Ainsi voilà Jackson Curtis, bon père de famille, divorcé, mal dans sa peau, dont le fils n’éprouve pas grand chose pour lui et la fille mouille ses draps à huit ans. Vous l’avez déjà vu celui-là ? Non, je ne crois pas… Le beau-père qui vit à Beverley Hills, Porsche garée devant la villa, et exerce la noble profession de chirurgien esthétique, vous trouvez ça cliché ? Si vous vous arrêtez à des détails comme ceux-ci, la suite ne vous plaira pas ; sinon, vous allez adorer. Et n’oublions pas la jolie maman, qui ne sert à rien, puisque la fin du monde selon Emmerich c’est une affaire d’hommes, sinon à nous bouleverser dans un retournement de situation de dernière minute que je ne vous conterai pas plus tard. Voilà donc la fine équipe prête à en découdre avec le 21 décembre 2012.

Alors ça commence comme le Jour d’Après, avec des scientifiques qui ont peur et qui tentent d’alerter leur gouvernement qui se moque d’eux, mais moins longtemps parce que, depuis, Al Gore a redonné une crédibilité aux scientifiques. On continue dans Volcano, où le but du jeu est d’éviter les boules de lave en fusion qui courent après nos héros. Puis un petit coup de Deep Impact avec des grosses vagues qui immergent toutes les grandes villes du monde, et même leurs banlieues. Ensuite, le, classique d’entre les classiques, discours du président des Etats-Unis d’Amérique juste avant que ce dernier ne meurt, façon Independance Day. Un clin d’œil à Hergé quand l’avion s’écrase au milieu de l’Himalaya – ils ne verront pas le Yéti. Puis fin à la Titanic suivie de très près par La Croisière s’amuse, happy end oblige.

En quoi le film révolutionne-t-il le genre ? En rien. En quoi le film est-il bourré de clichés ? Je ne promets pas de ne pas en oublier, mais je vais essayer.

Tout d’abord, ne perdons pas de vue qu’Emmerich est allemand. Donc, pour user de préjugés, chers à ce réalisateur, il n’éprouve pas les sentiments de la même façon que les autres humains. Pour pallier ce manque cruel d’affect, il a une parade. Ça commence par des dialogues creux et vides, de telle sorte qu’ils soient universels, puis on enduit de mielleux accords de violons, et hop, le système lacrymal du premier spectateur venu est touché. Bon, cette recette est américaine à la base, mais le mélange des cultures, c’est ça l’esprit américain.

D’ailleurs, parlant d’esprit, Emmerich baptise l’avion qui sauve notre équipée de l’effondrement de la Californie le Western Spirit. L’intouchable Esprit Occidental fait fi du grondement de la Terre, se joue de sa colère. L’aéronef vole au milieu des nuées ardentes et ressort, on ne sait comment, du nuage de cendres et de poussières, même pas peur, même pas mal. Et comme de l’esprit à la Bible il n’y a qu’un pas, le salut – d’une partie – de l’humanité se trouve dans des arches créées par une union internationale de gouvernements. Nos bergers qui veulent notre bien et qui nous sauvent de la montée des eaux. Enfin, qui sauvent les riches, ce qui occasionnera un débat hautement philosophique durant le film.

Mais revenons à nos moutons, enfin à Jackson Curtis et sa petite famille. Je vous passe les détails, mais grâce à des prouesses de mise en scène, d’une subtilité rare, notre héros découvre qu’il existe des arches, cachées au grand public, et même s’il n’a pas sur lui le milliard d’euros requis par siège, il tente quand même le coup.

Alors, devinette : où peut-on construire en moins de trois ans huit vaisseaux capables de sauver quatre-cents mille personnes de la fin du monde, avec renforts spéciaux de la coque et stabilisateurs pour l’impact de l’onde de choc ? En Chine bien-sûr. D’ailleurs, personnellement, je trouve ça cher un milliard d’euro par personne pour huit répliques du Queen Mary vaguement futuristes et des vérins hydrauliques pour les tenir, mais passons.

Seconde devinette (on passe aux charades plus tard) : vous êtes à Las Vegas, accompagné de vos deux enfants ainsi que de votre ex-femme et de son nouveau copain. Comment rejoindre l’Himalaya ? Vous lancez les dés, faites un double six et allez directement en case « mon patron russe vole un avion et m’emmène », bien joué ! A propos du patron russe, une caractérisation très poussée du personnage nous apprend qu’il est multimilliardaire, ancien boxeur et sort avec un mannequin à fausse poitrine. Ça frise l’étude sociologique, je vous l’accorde, mais il est comme ça Roland, au plus près de la vérité.

Tellement près de la vérité qu’on apprend dans le film que les indiens –d’Inde – mangent du poisson au curry, que les chinois sont moines et boivent du thé à côté de grandes cloches en bronze et que le premier ministre de l’Italie préfère prier plutôt que de sauver sa peau. Dans la lignée de ces trésors d’observations anthropologiques, nos petits amis parviennent à pénétrer les navires grâce à des chinois rencontrés en route. Et bien entendu, il n’aura échappé à personne – et surtout pas à notre réalisateur préféré, après Michael Bay – que ces gens-là sont d’éternels clandestins et voyagent volontiers dans les cales des bateaux. C’est donc tout naturellement que Jackson Curtis et sa famille se retrouvent dans la soute d’une arche, accompagnés par des professionnels de l’évasion douanière. D’ailleurs, en passant par les soutes ils évitent la cohue de la porte d’embarquement, aussi bondée qu’Ellis Island à la belle époque. La comparaison est poussée un peu plus loin, puisque pour être sauvé de la fin du monde, il faut avoir en sa possession une Green Card. Oui, un visa pour les Etats-Unis dans la vraie vie, mais un ticket pour la survie dans le film. Koulechov n’aurait pas manqué de verser une larme.

Malgré ses grandes qualités, Emmerich n’est pas un prix Nobel de mathématiques. Celui-ci nous annonce une vague de mille cinq-cents mètres de haut, ce qui suffit à submerger l’Inde en totalité, je le concède. Par contre, que cette même vague passe par dessus les sommets de l’Himalaya, dont quatorze dépassent les huit milles mètres, je me permets d’émettre une réserve. Enfin, puisque les effets numériques le permettent, faisons-le.

Ces quelques détails n’ont pas empêché la salle dans laquelle j’étais d’applaudir à plusieurs reprises, et même, une voix s’est élevée en fin de film, dans un moment génial, afin de crier « vive l’Afrique ! ». En effet, suite aux bouleversements de la croûte terrestre, le toit du monde, le plus haut sommet, se trouve désormais en Afrique. D’où une superbe réplique du film : « l’Afrique s’élève ». Cette seule phrase semble convaincre de pauvres gens de tout le bien que pense Hollywood de ce continent. Pourtant durant le film, on nous montre la vague détruire l’Europe et l’Inde, des tremblements de terre en Amérique du Sud, des écoulements de lave aux USA mais rien en Afrique. Sûrement un oubli. On aura également oublié de les inviter dans les arches. On y voit embarquer les chefs d’Etats et de gouvernements européens et américains, des émirs asiatiques, des russes, mais on ne croise aucun africain, sinon une girafe et un rhinocéros. Ça fait léger pour un éloge du continent noir. A moins que la morale ne soit que pour que le continent africain ne s’élève, il faille lui ôter ses natifs, ou pour parler moins politiquement correct, faire disparaître les africains. Néanmoins, ça fait un peu cliché un allemand qui s’aide d’une idéologie américaine afin d’éradiquer une partie de la population en rêvant d’un monde meilleur. Oh yes Roland, i had a dream. Mein Traum, mein Kampf*.

 

* Oh oui Roland, j’ai fait un rêve. Mon rêve, mon combat.

Par leshainarques le 18 novembre, 2009 dans Actualite, leshainarques
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