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Le Salmonus parisianus

Malgré les menaces du lobby des pêcheurs, les Hainarques retracent le parcours d’une espèce bruyante et crasseuse qui envahit nos montagnes chaque hiver. Un reportage animalier inédit.

Depuis quelques mois désormais, les montagnes de notre belle Savoie sont maculées d’une couche cotonneuse qui illumine le regard des petits et fait les choux gras des grandes familles à qui celles-ci appartiennent. L’hiver sonne ainsi le temps de la chaleur rare mais ardente, des repas gras et alcoolisés, comme deux armes ancestrales face à la rigueur du climat. La vie demeure ainsi, ralentie et apaisée, dans les sommets enneigés.

Pourtant, chaque hiver, la quiétude de nos hauteurs est troublée par une espèce bruyante et crasseuse. Une espèce qui, chaque année à la même époque, fait un très long voyage jusqu’à nos pics immaculés. Son nom scientifique : le Salmonus parisianus, ou en bon français, le saumon parisien.

Serrés comme des sardines

Une fois l’an, ses individus se ruent depuis les bords de la Seine, obscurs et confinés, vers les horizons brisés par des millénaires de glissements tectoniques de nos chères Alpes. N’écoutant que la douce voix informatisée de leur GPS, ils s’y lancent groupés et tassés. Groupés durant leur trajet, comme le sont les salmonidés dans les torrents avant d’aller perpétuer l’espèce à l’endroit même où ceux-ci naquirent, les nôtres avancent mollement sur des grands routes saturées qui ne sont pas sans rappeler leur environnement ordinaire. Tassés dans des tout-terrains aussi encombrés que les routes qu’ils empruntent, ils traversent des paysages qu’ils aperçoivent à peine à cause des skis, des chaussures après-ski, des sacs, du chien, de la tante et de l’indispensable kit de chainage qui sera installé dès l’approche à moins de cent cinquante kilomètres du point d’arrivée. Le chemin est long pour ces pèlerins, dont les bâtons sont rangés parmi le fatras que représente l’arrière de leur véhicule et dont la gourde est installée sur le siège passager.

Traqués comme des thons rouges

Toutefois, chacune de ces bornes parcourues représente autant de risques, pour nos S. parisianus, d’être attaqués. Leur prédateur principal est le Flicus jumellus, autrement appelé salaud de pourri de poulet de merde. Cette espèce a la particularité d’avoir une vision extraordinaire grâce à son outil, le radar jumelles. De plus, là où les félins d’Afrique traquent en priorité des proies fragiles ou malades, le Flicus s’attaque aux plus rapides. Comme le dira le serveur du Courte Paille de la pause déjeuner  « rien ne sert de trop cuire, il faut griller à point », prouvant de fait que le département du Rhône a su lutter contre la fuite de ses cerveaux.

Une fois la troupe restaurée, elle peut désormais bifurquer vers l’est, direction les Grandes Alpes, les stations de ski, la neige, la fondue et les boîtes de nuit remplies d’anglais ivres morts. Elle fera bien attention aux gros panneaux sur le bord de la deux fois trois voies et arrivera saine et sauve au pied de la montagne, qu’elle a choisi sur catalogue ou sur Internet, pour un dernier effort. Parti de l’océan pour fondre dans un fleuve puis une rivière, le Salmonus se sent quelque peu mal à l’aise dans le ruisseau que représente l’accès à son hôtel d’altitude.

Il adopte la posture qui convient dans un environnement qu’il méconnait, il ralentit et devient bruyant. Avec une vélocité empruntée à un paresseux asthmatique en fin de vie, il grimpe les cols qu’il a vus six mois plus tôt lors du Tour de France. Pourtant, le peloton fut plus rapide à gravir le raidillon. Pour calmer sa peur des virages, il klaxonne à chacun d’eux, prévenant ainsi les plus téméraires représentants de la faune sauvage locale de son arrivée. La coutume chez le Salmonus parisianus étant de préférer son klaxon à ses freins en cas de danger.

Gais comme des truites arc-en-ciel

Il arrivera finalement à bon port, bien que cette infrastructure soit très rare en haute montagne. Usé et éreinté mais soulagé d’être enfin rendu. Sans attendre, il ira louer le matériel qu’il fera souffrir une semaine durant. En même temps, c’était le matériel qui avait commencé. En effet, après une heure de torture psychologique d’un pauvre saisonnier qui avait le tort d’en savoir plus que le parisianus à propos de ski, ce dernier s’encourut s’extasier que la montagne était sublime, que les remontées lui rappelaient la médiocre RATP et que la neige c’est froid. Hélas, l’illusion ne dura pas. Il s’en retourna se plaindre que « décidemment, je sais pas comment vous m’avez conseillé mais vous m’avez donné du mauvais matériel », que ce fut « un scandale » et que « dix ans que je viens, jamais vu un tel service ». Après un bref coup d’œil qui jaugea notre spécimen, le saisonnier n’eut qu’une réponse : « Monsieur, c’est normal, votre chaussure droite et votre chaussure gauche sont inversées » (anecdote véridique, ndlr). Puis il s’en retourna, majestueux, fier de sa victoire sur l’espèce invasive, farter des planches pour d’autres couillons du même calibre. Notre pauvre Salmonus parisianus, légèrement abasourdi, quitta sobrement l’établissement et s’en retourna jouir de la montagne qu’on lui louait pour la semaine après avoir remis ses chaussures dans l’ordre.

Pleurant comme des soles

La semaine dans sa cage à poules d’altitude se passa à merveille, hélas trop vite, et il fallut retourner, la larme à l’œil, à son pigeonnier parisien. L’hiver laisse alors place au printemps. La neige fond à vue d’œil, les montagnes voient couler sur leurs flancs les Salmonus et des torrents éphémères. Comme l’eau l’a toujours fait, elle nettoie les versants sur lesquelles elle s’était cristallisée, emportant ainsi ces nombreux parasites qui étaient venus, profitant de ce qu’elle était glacée, s’y entasser.

Nous retrouverons bien vite, au temps chaud, les mêmes Salmonus parisianus, entassés comme ils l’étaient à flanc de falaise, sur nos littoraux. Les plus gros spécimens s’échoueront sur le sable des plages de la Grande Motte, offrant alors aux bénévoles de Greenpeace une saine occupation pour la période estivale. Finalement, cette espèce obtue et ignarde obéit aveuglement au rythme des saisons, renâclant à l’idée saugrenue de passer une semaine de congés payés  à la montagne au mois d’août. On a la Grande Motte qu’on mérite.

Par leshainarques le 25 mars, 2010 dans Actualite, Ecologie, leshainarques, Societe

  1. Mouais. Je ferais remarquer que notre pauvre parisien saumoné se voit envahir par des confrères saumons étrangers et ce toute l’année et pas seulement 3 à 4 mois l’an. Dur de voir son territoire déjà réduit constamment envahis par des salmonus americanus, germanus, asiatonus, et, la pire espèce de tous, italianus. Ces saumons étrangers viennent presser comme un citron le fragile territoire du parisianus qui lui y vit toute l’année, il n’est pas là pour en jouir ouvertement comme tous ces autres salmonus, il doit se battre pour y trouver pitance et terrier. Donc bon, accordons lui quand même l’excuse d’un environnement quotidien difficile, gris, pollué et sans cesse envahis. Rappelons-nous également certains salmonus parisianus sans le sous ne peuvent profiter des splendeurs de nos belles montagnes pour se changer les idées et s’y ébattre joyeusement. De nombreux jeunes salmonus parisiens n’ont jamais vu une vache de leurs vies et ignorent l’existence d’animaux tels que la marmotte ou le chamois. Sans compter qu’ils n’ont jamais gouté notre belle gastronomie ! Je conclurais en disant que ces chers salmonus parisianus, si détestables qu’ils peuvent être parfois sont plus à plaindre qu’autre chose.

    Commentaire by Lisa — 25 mars, 2010 @ 17:48

  2. En tant que Salmonus Britannicus, je ne peux que me joindre à ton désarroi face aux Parisianus. En effet, moult d’entre eux se passent chaqué été, chaque automne, en fait chaque vacances, le mot pour venir en bancs s’éparpiller sur les littoraux bretons, vêtus de jaunes et chatoyants pardessus pour faire couleur locales, lesquels pardessus sont en réalité le signe distinctif et infaillible du Parisianus.
    Que la patience guide notre esprit devant la quadriannuelle invasion de cette espèce au demeurant (ou demeuré) fort amusante.

    Commentaire by Jeremy — 25 mars, 2010 @ 19:05

  3. Merci Jérémy, cher ami Britannicus, prends garde à ce qu’ils ne prennent pas Racine ! Fais leur un nez rond s’ils s’agrippent in situ.

    Quant à Lisa, si son environnement est si invivable, pourquoi y vit-il ? (réponse rhétorique, n’y réponds pas je t’en prie !)

    Commentaire by leshainarques — 25 mars, 2010 @ 19:19

  4. en tant qu’ex salmonius parisanus échoué à l’année en Haute Savoie, je dois reconnaitre que ce billet ne manque pas d’humour et d’à propos.
    toutefois reconnaissons à cette espèce de salmonus un avantage sur nombre de salmonus savoyius : il se déplace et voit d’autres horizons, alors que nombre de ces derniers ne connaissent pas la douce eau de Seine… Et pour ceux qui y viennent, leur « expédition » pourrait faire l’objet d’une toute aussi divertissante narration à base de plans de métro à l’envers, d’émerveillement devant tant de choix de boutiques, de cinéma (oh, plusieurs cinémas passent le même film!!) sans parler du coté culturel (mais non pas la culture de la neige, ni celle des passenailles…)
    Enfin, c’est donc avec bcp de plaisir que je remonte de temps à autres « en touriste à la civilisation » ;-)

    Commentaire by Thierry — 30 mars, 2010 @ 12:59

  5. Permets moi Lisa de croire que les parisiens dont tu parles ne sont pas exactement ceux que l’on retrouve en haut et que l’on caricaturise ! En effet, ceux qui envahissent les stations arrivent à coups de 4×4 énormes, débarquent pour vivre un séjour dans un hôtel relativement fantastique… Or, je ne pense pas qu’ils se battent si durement pour gagner leur pain, je pense que cette catégorie de gens est plutôt réservée aux anciens provinciaux qui se sont vus « forcés » de se retrouver en île de France pour s’en sortir ! On parle ici du VRAI, de L’AUTHENTIQUE parisianus !
    M’enfin il me semble…

    Commentaire by Moulzdid — 31 mars, 2010 @ 16:42

  6. Les parisiens qui triment et qui ne viennent pas de Province ça existe, ceux qui n’ont pas de quoi se payer des vacances à la neige aussi, et quand l’occasion se présente pourquoi ne pas allez aller à la montagne s’émerveiller devant un tas de neige et pourquoi ne pas emmerder les provinciaux aussi tant qu’on y est. Parce que soit dit en passant eux aussi ils nous emmerdent quand ils stationnent dans le métro, hé oui le métro c’est pas un musée alors accélérez !

    Commentaire by I love rien, I'm parisien — 5 avril, 2010 @ 13:21

  7. vous connaissez la chanson qui dit:
     » c’est le tchatcha des thons qui remonte la riviere
    jusqu’a val d’isere le tchatcha des thon
    avec un T comme crcodille »

    Commentaire by marin-lamellet — 1 juin, 2010 @ 14:50

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