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Le népotisme éclairé

 

Contrairement à ce que leur nom semble indiquer, tous les professeurs ne sont pas là pour nous casser le cul. Il en existe de toutes sortes, mais, parmi une majorité d’arguments en faveur de l’euthanasie sur pattes, on trouve parfois de grands hommes et de grandes femmes. Ces derniers pourraient susciter de vraies vocations si le ministère de l’enseignement supérieur ne veillait pas au grain. J’ai longtemps enchainé les échecs universitaires, dans le seul but, avouons-le, de pouvoir témoigner de la grotesque mascarade qui se joue dans le théâtre des études supérieures. Aujourd’hui, je viens vous rendre compte, avec tout le talent qui m’a empêché de décrocher le moindre diplôme, de l’état des amphithéâtres.

N’en déplaise à Napoléon, un bon aparté avec son examinateur à l’oral suffit, aujourd’hui, à décrocher son précieux baccalauréat. Ainsi, ils sont de plus en plus nombreux, chaque année, à l’empocher et à se croire libérés du joug de l’éducation nationale. Mais la jeunesse indolente ne fait que tomber de Charybde en Scylla – et je ne parle pas de Prison Break, bellâtres incultes qui méritez le châtiment qui vous attend ! Fraîchement assis sur les bancs de nos facultés, les chaires universitaires n’auront aucune pitié pour nos chers universitaires en herbe. Car derrière le masque des faibles taux de réussite, il n’y a que l’illusion de la grandeur intellectuelle et culturelle depuis longtemps disparue. Afin de s’assurer que le bon pourcentage réussisse, et surtout pas plus, on s’efforcera d’émousser leurs ambitions, d’endormir leurs rêves, de briser leurs projets. Pour cela, la France de demain – ou dans une telle conjoncture, d’après-demain – sera parquée dans des locaux vétustes, placée sous la tutelle de grabataires intellectuellement plus bas que terre et évoluera dans des cursus sans avenir.

Tous ceux qui ambitionnent une médiocre normalité comme mode de vie pourront tenter de monnayer leur diplôme contre des heures de travaux abscons et de somnolence magistrale. On pourra m’objecter, avec raison, qu’il est matériellement impossible d’attribuer à chaque élève un professeur particulier qui serait chargé de faire s’épanouir pleinement le potentiel de son disciple. C’est une utopie qui meurt au profit d’une autre : l’égalité des chances. Chaque étudiant peut désormais aspirer à – ou aspirer pour – l’obtention d’un diplôme, même s’il doit, pour cela, en voir la valeur grandement réduite. Triste oxymore. Doit-on privilégier une élite restreinte mais performante à un gratin nombreux mais incompétent ? Et peut-on seulement se poser cette question ? Il faut croire que, pendant qu’ils réfléchissent à ces épineuses considérations éthiques, les ronds de cuir gouvernementaux laissent tourner un système qui oscille entre les deux buts sans en atteindre aucun.

Bien sûr dans tout ce micmac didactique, certains parviennent à trouver leur voie. Ces rares chanceux pourront convoiter une carte de membre du CNRS, assortie à un salaire de CRS. Quant à ceux qui, par miracle, arriveront avec un diplôme ET un semblant de talent (arrêtez de rire, sur le papier ça reste possible), ils pourront aller prouver l’existence du réchauffement climatique dans une prestigieuse université américaine.

Mais qu’advient-il des jeunes gens que l’austérité et la nonchalance des cours, qu’ils sont supposés suivre, rebute ? Ceux qui se retrouvent victimes de ces chargés de TD qu’un peu d’autorité transforme en kapo mafieux ? Ceux que l’administration, et son organisation digne des tranchées françaises durant la première, embrouille suffisamment pour les conduire inéluctablement à l’échec ? Tous ceux-là, se voient soumis au seul élément impartial des études supérieures : le Hasard.

Lui seul fera bénéficier une poignée de privilégiés des lumières d’un pédagogue émérite. Ces tuteurs à l’efficacité diabolique, ceux dont les cours se mémorisent avec aisance, en assistant seulement à leurs brillantes interventions. Ces personnes exceptionnelles qui, contrairement à leurs collègues, ne se contentent pas de faire étalage de leur savoir mais savent également le transmettre, ainsi que toutes les passions qui lui sont inhérentes. Ils ne nous mènent pas vers un travail mais vers un épanouissement intellectuel rémunéré par ceux qui voudront le mettre à profit. Malheureusement, ces individus sont rares et ne donnent, par conséquent, les clefs d’un avenir brillant qu’à très peu d’élèves.

Si vous regrettez de ne pas avoir croisé, dans les méandres de l’enseignement supérieur, un de ces maîtres, et si, vous aussi, vous êtes tombés entre les mains d’insti-tueurs et autres édu-castreurs, sachez qu’il existe une coutume divinement efficace pour lutter contre l’iniquité de notre système éducatif. Une façon, certes légale mais néanmoins immorale, de réussir professionnellement tout en cultivant l’échec scolaire. Un instinct qui, nous fera préférer celui qui amène le Château-Figeac 71 lors du repas dominical, à celui qui n’offrirait que son talent. Un mode de sélection, inné chez l’homme, qui nous pousse à privilégier un individu, non pas pour ses connaissances, mais parce qu’il fait partie des nôtres. Un procédé condamnable sur bien des plans, mais qui reste, indéniablement, le ciment social le plus solide et sans lequel peu de civilisations auraient pu prospérer : le piston.

P.S. Les hainarques remercient sincèrement les enseignants primaires, secondaires et supérieurs suivants. S’ils n’ont certes pas su nous propulser dans les hautes sphères diplômées, ils nous ont néanmoins transmis des connaissances, des valeurs et des idées qui nous permettent aujourd’hui de vous divertir et d’apprécier pleinement le monde dans lequel nous évoluons. Mais tout de suite, et comme disait Schindler, la liste : Mr&Mme Pinder, Mme Borgo, Mr Passavanti, Mr Dagrève, Mr Blanc, Mme Cherias, Mr Tennenti, Mme Comério, Mr Eskinasi, Mr Dagostino, Mr Pin, Mr Ayo, Mr Gaillaut, Mr Forterre, Mr Gazano, Mr Brégi, Mme Ambroise-Castérot, Mr Weckel, Mlle Bienne, Mr Hadjian, Mr Guérini, Mme Lavigne, Mme Joty, Mr Laverger, Mr Pourchier, Mme Schioser, Mr Damien et tous ceux dont on a préféré retenir la qualité d’enseignement au patronyme… 

 

Par leshainarques le 19 janvier, 2010 dans Actualite, leshainarques, Societe

  1. Par conséquent, il n’y a pas d’échappatoire ? L’enseignement supérieur est donc condamné à laisser jouer le hasard ?

    Commentaire by Pierrot le fou — 19 janvier, 2010 @ 16:22

  2. Et à ton avis qui refoule les brillants esprits à Science Po Bordeaux plutôt que de les accepter dans la capitale ?

    Commentaire by Il n'y a pas de pédagogue, il n'y a que des élèves faciles — 19 janvier, 2010 @ 19:18

  3. Big up à ceux là je suppose…

    (dans 10 ans on ajoutera aussi nos premiers employeurs pour les remercier des assedics !)

    Commentaire by Initials B B — 19 janvier, 2010 @ 20:27

  4. Ben en même temps, la séléction, c’est bien, ca permet de foutre les incultes sur la touche.

    Commentaire by Jesus Poorain-nutts — 23 janvier, 2010 @ 3:59

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